Basilique de la Visitation à Annecy
DES HOMMES ET DES DIEUX
film de Xavier Beauvois
(Festival de Cannes, 2010)
Que dire d'un tel film : qu'il est fondamental de l'avoir vu au moins une fois, si ce n'est deux !
Curieusement, lorsqu'on quitte la salle, on a l'impression d'être devenu un peu meilleur et d'être un peu plus chaleureux avec tous ceux qui nous entourent. Curieusement aussi, les spectateurs ne quittent pas leurs sièges avant la toute fin du long générique qui ponctue ce film.
On a besoin, semble-t-il, d'un temps de pause, d'un temps de réflexion, d'un temps de pensée intérieure par rapport à cette sombre et douloureuse histoire mais aussi par rapport au message empreint de spiritualité, de paix et d'amour que véhicule cette magistrale oeuvre cinématographique.
"Des hommes et des dieux", est une histoire librement inspirée de huit moines français dont le vieux et vétuste monastère se situe au coeur de lointaines terres algériennes. Ces hommes vont faire le sacrifice de leurs vies pour être en phase avec cette population qui a tant besoin d'eux. Il faut savoir que ces huit moines prodiguent des soins médicaux et autres multiples services aux pauvres gens - hommes, femmes et enfants - des contrées les plus pauvres et les moins accessibles de l'Algérie. Les moines sont, en quelque sorte, la seule raison de vivre et d'espoir de ces populations miséreuses.
Par ailleurs, on savait, depuis son admirable incarnation de l'Abbé Pierre, que Lambert Wilson (*) serait le comédien idéal pour interpréter le rôle de Christian, le Père Prieur. Il l'est mais à un tel point qu'il nous émeut aux larmes ! Ses autres camarades comédiens sont tous exceptionnels et d'une criante vérité. Ils nous bouleversent de bout en bout ! On retrouve également avec plaisir Michael Lonsdale dans le rôle d'un Père Luc, une sorte de médecin quelque peu truculent ! En quelque sorte, un révérend Père Gaucher des "Lettres de mon Moulin" d'Alphonse Daudet !
Pendant deux heures, on vit avec ces moines héroïques. On partage leurs offices, leurs chants liturgiques et leurs frugaux repas. On partage leurs tourments, leurs interrogations, leurs doutes et leurs peines. Les instants de sérénité et de méditation apportent des pauses salutaires - dont nous avons tous besoin - en raison de la tension que ce film suscite !
L'un des moments les plus émouvants est celui où le Père Luc offre à ses frères, deux bouteilles d'un bon vin rouge. Immédiatement, les visages des moines s'illuminent mais quelques minutes après, ils redeviennent graves car ces hommes sont conscients que ce repas - qui fait inévitablement penser au tableau de "La Cène" de Léonard de Vinci - sera probablement l'un des derniers qu'ils partageront ensemble.
Xavier Beauvois s'attarde longuement sur chacune des scènes du film, probablement pour mieux nous faire sentir et comprendre le sens de cette vie monastique si éloignée du monde trépidant et parfois illogique dans lequel nous vivons !
Que l'on soit croyant ou athée, que l'on soit catholique, protestant, musulman ou engagé dans d'autres religions... le film des "Hommes et des Dieux" est le symbole de la tolérance et de l'amour de son prochain. A voir absolument !
(*) J'ai eu le plaisir d'inviter Lambert Wilson à plusieurs reprises, notamment, en 1987 à Clermont-Ferrand dans La Célestine de Fernando de Rojas (mise en scène d' Antoine Vitez ) aux côtés de Jeanne Moreau, Roger Mirmont...

















